Sujet de thèse :
Date de démarrage de la thèse :
Octobre 2024
Nom du (ou des) directeur(s) de thèse :
Julien Cusin
Résumé de la thèse :
Un « véritable marché mondial de l’enseignement supérieur » a émergé (OCDE, 2011, p. 19‑74), mettant en concurrence les établissements d’enseignement supérieurs (EES) des différents pays . Ceci a été accentué par des réformes telles que le processus de Bologne signé en 1999 par l’Union Européenne (Musselin, 2008). En parallèle, le poids des classements internationaux et des agences d’évaluations et d’accréditations a accentué une hiérarchisation des EES (Altbach, 2006) . La France s’est particulièrement bien positionnée dans ce marché, avec des écoles comme HEC et d’autres figurant parmi les meilleures mondiales.(Masters in Management 2023 – Business School Rankings from the Financial Times – FT.Com, 2023). Le « modèle Grande Ecole » français a donc su tirer son épingle du jeu (Abdessemed, 2007). Cependant, les formations dites « d’excellence » se retrouvent donc conditionnées par des logiques de marché (Darchy-Koechlin & Zanten, 2005). Le secteur connait cependant des dérives marchandes, notamment par l’arrivée de nouveaux acteurs privés appartenant au secteur dit à but lucratif (Batsch, 2023), ce qui amène les pouvoirs publics à proposer de construire une cartographie de l’ensemble des établissements afin de simplifier et clarifier l’offre globale de formations (Descamps & Folest, 2024). Distinguer pour mieux nommer ce qui relève de la terminologie « Grandes écoles » ou d’autres types d’établissements se retrouve donc au cœur des préoccupations publiques du moment.
Au sens de DiMaggio & Powell (1983), l’Enseignement Supérieur et de la Recherche est un champ organisationnel constitué. Une organisation, pour être légitime, doit se conformer à des « mythes rationnels » qui peuplent son environnement, « ces croyances faisant loi » (Meyer & Rowan, 1977). L’un des mythes des Grandes Ecole de Commerce Françaises (GECF), analyse Blanchard (2015), sont les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). Or les pressions institutionnelles poussent les organisations opérant dans un même champ organisationnel vers une certaine forme d’homogénéisation et adoptent des comportements convergents à travers des mécanismes d’isomorphismes (coercitif, normatif, mimétique) (DiMaggio & Powell, 1983). Néanmoins, plusieurs logiques institutionnelles peuvent co-exister, les organisations opérant sous contraintes réagissent alors à des « constellations de logiques institutionnelles » (Goodrick & Reay, 2011): excellence académique (Ramanantsoa, 2007) et exigence de l’employabilité des diplômés. Simultanément, les organisations sont donc contraintes de respecter plusieurs « règles du jeu », chacune prescrivant un ensemble parfois contradictoires d’ordres normatifs (Kraatz & Block, 2008, p. 243). Cela crée une « complexité institutionnelle » (Greenwood et al., 2011), en particulier face à la mondialisation et à l’internationalisation (Kodeih & Greenwood , 2013).
Bien que soumises à des pressions institutionnelles, les organisations ne restent pas passives : Oliver, (1991) propose une typologie de réponses stratégiques, allant de l’acquiescement à la manipulation, en fonction du degré de résistance face à ces pressions. Pache & Santos (2010) enrichissent de modèle en tenant compte de la nature des demandes institutionnelles et des interprétations et représentations internes. Ce faisant, le néo-institutionnalisme se rapproche des préoccupations de la stratégie d’entreprise (Desreumaux, 2004).
Pour améliorer leur positionnement dans le champ organisationnel, les organisations restent ainsi à la recherche de thèmes de différenciation. S’il en est, l’identité organisationnelle est bien un élément singulier, à l’instar des individus. L’identité organisationnelle (IO) définie par Albert et Whetten (1985) est un élément central reflétant la perception des acteurs au sein de l’organisation et jouant un rôle clé dans la complexité institutionnelle (Glynn, 2008 ; Kraatz & Block, 2008, 2016 ; Thornton, Ocasio, et Lounsbury ,2012). Cependant, la notion d’identité collective des organisations, moins étudiée, est présentée comme un concept polysémique, se situant entre la différenciation et l’appartenance.
L’identité collective, selon Wittorski (2008), est à la fois un processus et un produit, et se distingue de l’identité sociale ou individuelle. Cornelissen et al (2007) soulignent son importance stratégique dans les actions collectives des organisations, tandis que Wry et al (2011) affirment que la légitimité de cette identité collective est renforcée par une narration claire de son histoire. L’alignement entre l’identité auto-référentielle des organisations telle qu’elle est définie par ses membres (Gioia et al., 2010) et l’identité collective prescrite par les institutions (Besharov & Brickson, 2016) est crucial mais peut être rompu lors d’un changement institutionnel, nécessitant un « travail identitaire », à la fois interne et externe, afin d’obtenir un nouvel alignement (Michel & Ben Slimane, 2021).
La recherche visée dans cette thèse se concentre sur l’évolution des Grandes Ecoles de Commerce Françaises (GECF), avec l’objectif de comprendre leur identité collective et de déterminer et analyser comment celle-ci peut constituer une réponse stratégique à la complexité institutionnelle pour assurer leur survie dans un contexte changeant. Le cadre théorique néo-institutionnel mobilisé dans cette recherche vise à analyser l’identité organisationnelle collective des Grandes Ecoles de Commerce Françaises en tenant compte de l’évolution historique et des mécanismes identitaires, et leur lien avec la stratégie.

